La Planète des singes

Le roman de Pierre Boule

Couverture

Synopsis

Tout commence dans un voilier stellaire croisant au large de la Terre : un couple découvre une bouteille avec un message à l’intérieur : le récit incroyable d’Ulysse Mérou, un journaliste terrien, membre de la première expédition hors du système solaire lancée en 2500 par le professeur Antelle et son disciple et physicien Arthur Levain. Au terme d’un voyage de deux ans à une vitesse proche de celle de la lumière (soit plusieurs siècles en temps terrestre), les trois hommes atteignent Bételgeuse. Autour de l’étoile gravite une planète semblable à la Terre, raison pour laquelle les explorateurs la baptisent Soror. Au cours de son exploration, ils tombent sur des hommes primitifs, qui vivent comme des animaux et ne parlent pas. Effrayés, apparemment hostiles à tout objet fabriqué, ces derniers détruisent les vêtements des explorateurs et, pire, leur naette, seul moyen de regagner le vaisseau resté en orbite.

Bloqués sur cette planète étrangère, aussi nus que les hommes sauvages, les trois terriens tombent de Charybde en Scylla car ils sont pris dans une chasse à l’homme menée par des gorilles. Levain est tué, Ulysse perd Antelle de vue. Le journaliste découvre ainsi que Soror est aux mains des singes dont la civilisation et le niveau technologique sont à peu près l’équivalent de nos années 1950. Gorilles, chimpanzés, orangs-outangs, vivent sur un pied d’égalité au sein d’un gouvernement mondial. L’homme est un animal et traité comme tel.

Ulysse est donc conduit dans un institut scientifique. Rapidement, la zoologiste Zira et son fiancé Cornélius, deux chimpanzés, s’intéressent à lui car il n’est pas comme les autres hommes. Quand ces derniers réalisent qu’ils ont affaire à un être pensant, ils lui enseignent leur langue. Malgré l’hostilité de Zaius, orang-outang conservateur, Ulysse parvient à convaincre les scientifiques qu’il est un être pensant, et non un animal. Dès lors, il devient populaire auprès de tout le peuple singe. Il se lie même avec une humaine sauvage, Nova.

Les épreuves seraient-elles terminées pour le terrien ? Pas évident. D’une part, il a retrouvé Antelle, mais ce dernier, au contact des humains sauvages, a régressé à un stade primitif, perdant l’usage du langage. D’autre part, sur ce monde semblable au notre, la théorie de l’évolution a remplacé le créationnisme : le singe n’a pas été créé tel quel par Dieu, il descend de l’homme. Cornélius s’intéresse aux origines de la civilisation simiesque, née il y a dix millénaires. Or, il découvre dans des ruines antérieures à cette civilisation une poupée de forme humaine, qui porte des vêtements... et qui parle. C’est la preuve qu’en réalité c’est le singe qui descend de l’homme, et non le contraire. Jadis, l’homme a développé une civilisation, puis cette dernière a périclité. Cette théorie est confirmée par une expérience qui ravive dans l’esprit d’un humain la mémoire de l’espèce, ce qui permet d’apprendre comment l’homme a domestiqué le singe puis a été remplacé par lui avant de redevenir lui-même un animal.

Une telle théorie met à mal la fierté simiesque. Ulysse, sorte de témoin involontaire mais gênant qui renvoie le singe à ses origines peu flatteuses, voit l’hostilité à son égard se développer. Pire : un enfant étant né de son union avec Nova, les singes craignent qu’il ne représente le début d’une nouvelle race humaine qui supplantera les singes. Zira et Cornélius organisent l’évasion d’Ulysse, Nova et leur enfant. Tous trois parviennent à rejoindre le vaisseau d’Antelle et à regagner la Terre. Mais là, le coup ultime est assené à Ulysse : ironiquement, la Terre a suivi le même chemin que Soror et est désormais aux mains des singes. Quittant définitivement sa planète natale, il couche son récit sur le papier et le largue dans l’espace, à l’attention d’hypothétiques futurs lecteurs.

A la fin du roman, Pierre Boulle achève d’enfoncer l’homme dans son néant : les deux navigateurs qui ont découvert son message ne croient pas un mot du récit d’Ulysse. Car ceux qui croient avoir affaire à un canular sont deux chimpanzés. Qui pourrait avaler l’histoire invraisemblable d’hommes intelligents, pensants, doués de parole, et capables de développer une civilisation et une technologie ?

Commentaires

Couverture

Dès le départ, le roman repose sur l’ironie. Le narrateur porte le prénom d’un explorateur prestigieux entre tous, Ulysse ; prestige aussitôt contrebalancé par le ridicule de son patronyme : Mérou.

Par la suite, et jusque dans la phrase finale qui révèle la véritable nature des découvreurs du message, l’auteur n’épargne rien à ses congénères, montrant combien fragile est la limite entre l’homme et l’animal : Antelle, un savant brillant, retourne à l’état sauvage et se bat pour un peu de nourriture. Quant à Ulysse, il se voit contraint de faire une démonstration des mœurs sexuelles humaines devant les zoologistes simiesques dans un passage cruellement humoristique : « Oui ! moi, un des rois de la création, je commençai à tourner en rond autour de ma belle. Moi, l’ultime chef-d’œuvre d’une évolution millénaire, devant tous ces singes assemblés qui m’observaient [...], invoquant l’excuse de circonstances cosmiques exceptionnelles, [...] j’entamai à la façon des paons, autour de la merveilleuse Nova, la parade de l’amour. »

Dans La Planète des singes, le renversement de situation homme / animal est une illustration du fait que homme est un événement éphémère et insignifiant dans l’histoire de l’univers. Doté d’un style très froid, peu soucieux, contrairement à beaucoup de romans de science-fiction, de développer une intrigue palpitante ou de bâtir un univers (Boulle utilise l’Occident des années 1950), peu soucieux également de rigueur scientifique (l’utilisation des voyages à des vitesses relativistes est certes correcte ; en revanche le réveil de la mémoire de l’espèce a surtout l’intérêt d’être bien utile à l’histoire), le roman La Planète des singes se veut et est avant tout un conte philosophique.

Pierre Boulle

Pierre Boulle

Pierre Boulle est né en 1912 à Avignon. Ingénieur de l'Ecole Supérieure d'Electricité, il devient en 1936 planteur de caoutchouc en Malaisie. Durant dix ans, il ne quittera guère l’Asie. En 1939, il est mobilisé en Indochine. Il retourne en Malaisie en 1941, où il rejoint les Forces Françaises Libres après la reddition de 1940. Là, il se battra et Birmanie, en chine et en Indochine après l'invasion japonaise. Fait prisonnier (il tirera de cette expérience son premier succès littéraire et cinématographique : Le Pont de la rivière Kwai) il s'évade en 1944 et est rapatrié en France. Après un nouveau séjour en Malaisie ainsi qu’au Cameroun, il se fixe à Paris, où l’ancien soldat et planteur et caoutchouc connaîtra la gloire littéraire.

Après deux romans en 1950 et 1951, il reçoit en 1952 le prix Sainte-Beuve pour son troisième roman, Le Pont de la rivière Kwai. Le livre tout comme le film de qui en sera tiré connaissent un immense succès. Nouvelle reconnaissance avec un recueil, Contes de l’absurde, qui reçoit le Grand Prix de la Nouvelle. En 1963, c’est La Planète des singes, qui devra son succès au film de Franklin Schaffner, en 1968.

Développant un humour pessimiste, l’œuvre de Pierre Boulle flirte volontiers avec le conte philosophique. Il n’est qu’à lire La Planète des singes, bien sûr, où Boulle rabat l’orgueil de l’homme en montrant combien précaire et insignifiante est sa position dans l’univers et dans le temps. Ou encore Les Jeux de l'esprit, roman dans lequel il imagine un gouvernement scientifique mondial qui assure le bonheur et la santé de tous ; mais, l’ennui engendrant une vague de suicides, il est amené à créer les Jeux, des divertissements cruels et barbares.

Pierre Boulle s’est éteint en 1994.

Bibliographie de Pierre Boulle

1950  William Conrad

1951  Le Sacrifice malais

1952  Le Pont de la rivière Kwai

1953  Contes de l'absurde (nouvelles)

1955  L'Epreuve des hommes blancs

1957  E=MC2 (nouvelles)

1963  La Planète des singes

1964  Le Jardin de Kanashima

1965  Histoires charitables

1970  Quia absurdum

1971  Les Jeux de l’esprit

1972  Les oreilles de la jungle

1974  Les Vertus de l'enfer

1976  Histoires perfides

1979  Le Bon léviatan

1981  L'énergie du désespoir

1982  Miroitements

1992  A nous deux Satan

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